vendredi 25 avril 2014

Le complexe M96 - M105

Salut !

Ce texte aurait aussi pu s’appeler « l’urgence d’observer », « derniers éclats d’une longue période claire » ou encore « galaxies de la Pleine Lune » …

Effectivement, je note une fois de plus depuis des mois et des mois que les principaux moments dégagés surviennent en période de pleine lune. Il me semble que c’était le cas lors de l’anticyclone de mars. De plus, je note depuis l’automne à peu près que la répartition des soirées claires est faite sur plusieurs jours d’affilée, moments séparés de longues périodes nuageuses (en général pour les nouvelles lunes).

Toujours est-il qu’en avril par chez moi nous avons bénéficié d’une incroyable période d’une dizaine de jours sans aucun nuage, donnant des soirées très transparentes et très peu turbulentes. Mais cela a eu lieu de la demi-lune à après la pleine lune à peu près, ruinant toute perspective sérieuse de ciel profond ! Alors certes, je me suis régalé comme beaucoup sur Mars, sur la Lune ou encore sur Jupiter. Mais je ne me suis pas arrêté là, tant pis, faute de mieux j’ai profité de ce ciel pour faire du ciel profond adapté. Il suffit juste de sélectionner les amas et nébuleuses planétaires les plus brillants, les plus compacts, ce n’est pas pire en pleine campagne qu’en ville sans lune finalement !

De toute façon, il ne faut pas se leurrer, nous n’avons plus les conditions idéales d’une nuit bien noire, sans menace nuageuse, sans turbulence …on prend donc ce qu’il y a.

Toutefois, environ 3 jours avant la pleine lune l’éclat de notre satellite est trop élevé même pour les astres brillants, du moins à petit diamètre.

La Pleine Lune ayant eu lieu le 15 mars au matin, et le ciel était encore parfait le 16 et le 17. Je me suis donc dit que j’avais entre 1 et 2 h ces soirs-là avant que l’éclat de la lune montante ne soit trop gênant à l’est. Et je me suis aussi dit que c’était l’occasion où jamais, pressentant une dégradation obligée et rapide de la météo, qui était excellente depuis déjà 10 jours ! Cela ne pouvait statistiquement durer beaucoup plus.


C’est ainsi que le 16/04, je me mets en place dès que le jour tombe sur Jupiter, avec de jolis détails qu’une turbulence minime me laisse voir sur les bandes à 150 X. Je perçois notamment une zone ovale blanche sur la bande sud, ainsi que la pâle GTR sur le bord du disque.

Sans perdre de temps, j’approfondis encore ma visite des constellations du sud, vouées à disparaître rapidement, et notamment la Poupe. Faute de nuit bien noire, j’utilise le crépuscule de plus en plus avancé pour observer quelques petits amas, qui auraient probablement été plus flagrants dans de bonnes conditions, mais qui se laissent bien voir : NGC 2506, NGC 2439, NGC 2509.

Dans le bon « timing » de mon « contre-la-montre », il fait suffisamment sombre maintenant et la lune ne gêne pas encore trop, pour enfin attaquer un gros gros morceau : les galaxies du printemps ! Je vais effleurer un brillant aperçu de celles-ci en NGC 3521, une brillante du Lion qui semble avoir échappé à Messier. Déjà visible à 21 X, elle montre à 70 X un aspect assez étendu, dodu, peu contrasté sur les bords qui diffusent dans le ciel, mais avec un centre très marqué voire ponctuel en intermittences. Une belle galaxie pas très connue pourtant !



Mais déjà la lune presque pleine monte à l’est, il est temps de se consacrer à Mars la Rouge, sans précipitation maintenant. Je passe beaucoup de temps à l’oculaire, avec, sans filtre, pour en extraire toute la substantifique moelle que peut offrir la 80ED. Et j’en sors quand même quelques détails sur un croquis qui figure dans la rubrique Dessin, mais hélas dégradé par le scan par rapport à l’original papier. Syrtis Major est évidente au premier coup d’œil, ainsi qu’une zone bien moins contrastée au nord, entre Mare Acidalium et Utopia je pense. La calotte minuscule et brillante est évidente dans les trous de turbulence. Je perçois une bande à l’est de Syrtis qui pourrait être Sinus Sabaeus, et une vaste zone claire au sud de Syrtis, le bassin Hellas. Il me semble aussi déceler une zone plus claire au bout de Sinus Sabaeus, qui pourrait être Chryse. Bref, même à petit diamètre, bien du régal avec ces conditions !


Le lendemain, 17 avril, je suis prêt dès le crépuscule, j’aurai presque une heure de plus que hier avant que la lune ne se lève. Frénétique, je ne sais par quoi commencer ? Directement les galaxies du Lion ? Ou continuer encore dans la Poupe, car il y a du monde là-dedans. Je choisis cette option mais sans traîner, car je dois avouer que les galaxies restent mon gros objectif.

J’attaque avec quelques petits amas, NGC 2302, NGC 2396 et surtout NGC 2414 qui me surprend très agréablement. Minuscule nuée collée à une étoile dans l’oculaire grand champ, il montre 2 étoiles assez faciles principalement à 70 X, toujours sur fond nettement flou et non résolu. Avec effort on peut tout juste percevoir un aspect un peu granuleux.



Le temps m’est compté mais je décide d’en passer un peu sur l’un des points forts de la Poupe, M46 et sa nébuleuse planétaire NGC 2438.

A 70 X l’amas est vaste, un peu ovale, riche en étoiles faibles serrées, entouré d’étoiles plus brillantes. Magnifique, il tient son rang de classique ! La nébuleuse, c’est comme la GTR : une fois que l’on sait où elle est, elle est facile à revoir, collée contre son étoile de mag 11. Cependant elle reste faible et très diffuse à la 80ED. A 150 X, elle est plus évidente, bien séparée de l’étoile, et semble avoir une présence moins diaphane.

En repassant à 70 X avec le filtre UHC, aucun doute ne peut subsister. Le filtre a ici la vertu magique d’éteindre les étoiles de l’amas, et de renforcer nettement l’éclat de la nébuleuse, de sorte que cette dernière ressort bien par rapport à l’amas dans lequel elle était un peu noyée tout à l’heure. Bel effet ! Je suis content de revoir ces beaux classiques, même s’il y a d’autres amas ouverts dans le coin que je n’aurai pas ce soir le temps d’aller regarder (NGC 2423, Melotte 71 …)


Nous arrivons maintenant dans le cœur du sujet ! La nuit est totalement installée, suffisamment pour pointer le tube vers les profondeurs galactiques qui trônent au-dessus de ma tête.

Le Sextant recèle le couple de galaxies NGC 3169 – 3166, de mag 10,5 environ. Après NGC 3521 hier, c’est très plaisant de faire son entrée enfin dans le monde des galaxies de printemps, qui plus est un duo ! A faible grossissement un triangle brillant gêne un peu au sud, mais à 70 X le duo en est éloigné. Il est assez facile, magnifique dans un champ assez riche, et on note une différence de taille et d’éclat entre les galaxies. L’une est plus brillante, avec un centre marqué, allongée NO/SE. En grossissant moins les galaxies semblent plus contrastées mais la plus faible est vraiment petite.



Je tente ensuite Hickson 44 (NGC 3190 – 3193) mais je bute sur ces magnitudes supérieures à 11, je ne persiste pas, j’ai envie de quelque chose d’immédiatement accessible.

Tant pis, je redescends près d’Algieba sur un autre duo, NGC 3226 – 3227. Que de duos dans ce coin ! Et sympa de tâter du Arp (Arp 94) ! Cette fois le duo est faible, peu marqué mais je parviens à séparer les deux galaxies, elles restent très proches, l’une au-dessus de l’autre. Elles semblent allongées, semblables (malgré leur magnitude théorique différente d’une unité), diffuses, mal définies, sans centre évident, mais quelle observation intéressante !


Nous pouvons à présent progresser vers l’est, p 34 du PSA. Je jette mon dévolu sur le premier complexe galactique du printemps, celui au sud de l’étoile 52 du Lion, et qui contient entre autres M96 et M105. Frissons ! Cela évoque grandement les itinérances à travers les champs de galaxies de la Vierge, les multitudes de tâchouilles floues du printemps à identifier et différencier de leurs proches voisines ! Visions vertigineuses !

On compte pas moins de 8 galaxies dans ce secteur, dont 5 m’apparaissent tout de suite à l’oculaire de recherche, à 21 X !

Juste au sud de l’étoile 52, je vois NGC 3377, puis en descendant encore le duo serré NGC 3384 et M105 à l’ouest, puis encore au sud le duo M96 et M95 à l’ouest, plus espacé.

A 21 X ces galaxies sont assez semblables, assez brillantes et contrastées, rondes ou quasiment, certaines plus brillantes que d’autres (M105, M96 ressortent particulièrement bien).

Le Pentax XF (70 X) permet de détailler tout ce beau monde.

NGC 3377 (mag 10,4) est facile (beaucoup plus qu’à 21 X !), allongée NE/SO, assez étendue, avec un centre très marqué. L’étoile 52 à 23’ vers le nord éblouit un peu. Proche, au SO, je décèle difficilement la faible NGC 3367 (mag 11,5) comme une vague présence diffuse, très peu lumineuse.

NGC 3377 constitue le sommet d’un triangle aplati avec NGC 3338 à l’ouest (non visitée) et NGC 3412 (mag 10,5) à l’est, évidente, petite et contrastée avec un centre marqué. Elle me semble légèrement allongée.


Le joli duo NGC 3384 (mag 10) et M105 (mag 9,3) est facile à la 80ED, M105 étant beaucoup plus brillante et étendue. Les centres sont marqués, entourés de lueurs toutefois diffuses pour lesquelles j’ai du mal à donner un sens d’orientation. En effet les galaxies ne paraissent plus tout à fait rondes.



Enfin, le dernier duo au sud, M95 (mag 9,7) et M96 (mag 9,3) est tout aussi remarquable.

M96 est la plus facile, elle est brillante avec un assez fort gradient, marqué au centre et diaphane en périphérie. Elle ne semble pas complètement ronde :



M95 se repère aisément à l’ouest de M96, elle lui ressemble mais est moins apparente, moins contrastée. Elle est aussi un peu allongée, étendue …

Bien entendu, je ne perçois pas sa structure barrée, ni d’autre détails à ce diamètre.


La lune n’est plus loin, de minute en minute le ciel s’éclaire. Avant qu’il ne soit impropre à la recherche des galaxies, je jette un œil rapide vers le duo le plus célèbre du Lion, le triplet même : M65 – M66 – NGC 3628. Les deux premières sont de vastes étendues cotonneuses, faciles et brillantes mais moyennement contrastées à cause du ciel qui blanchit, la dernière est tout juste visible comme une grosse traînée blafarde. J’y reviendrai sous de meilleures conditions … Je pense peut-être pouvoir saisir des détails sur M65 ou M66 avec le Pentax.


Même si ces séances ont été marquées par la précipitation, par le pressentiment de devoir en profiter d’urgence, elle resteront quand même comme de très bons moments et une excellente introduction aux galaxies de printemps. J’espère que la suite confirmera cette notion d’introduction, il y a tellement à voir encore !

Mais depuis ce jour-là la météo s’est sérieusement dégradée ….eh oui nous arrivons en lune favorable.

Puis, globalement, il ne restera que le mois de mai pour pouvoir observer sans se coucher trop tard. Ensuite en juin, la nuit n’en finit plus d’arriver, et je me rappelle avec un peu de crainte les nécessaires siestes en journée de l’an dernier pour éponger le manque de sommeil dû aux observations tardives !





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