J'ai jeté dans la caisse la lampe rouge, l'atlas, le carnet et mes 4 paires de gants... et demi.
J'arrive à Malibert à pas feutrés, à pas de loup, à pas de bruit. C'est petite Lune. C'est dégagé. C'est inespéré. Je m'installe à proximité de mes deux compagnons déjà fin prêts, dans ce petit renfoncement au pied des bosquets que j'ai pris grand soin de débroussailler. Dans la région on apprend vite à repérer les coins qui nous protègerons des zeph furieux. Et à les entretenir... Question de survie. Le vent restant se chargera de dépoussiérer le 250, la nuit si longue à tomber de le mettre en température, et le laser de lui ajuster la vue.
Je regarde d'un air mauvais les astres qui scintillent, trop, et les lambeaux de nuées qui tentent encore en vain de s'accrocher. Mais les constellations s'installent, implacablement, se dessinent puis se perdent au milieu des myriades d'étoiles. Ben oui Alain, quand il y en a trop on perd ses repères, on perd son ciel... mais c'est ça qui est bon !
Un battement de cil plus tard et ce sont le Lion, la Vierge et Bérénice qui trônent en majesté. La soirée sera galactique, mais en ai-je jamais douté ?
On n'attend plus, on ne tergiverse plus, on ne calcule plus (de toutes façon on n'a rien préparé comme d'habitude...). Alors jetons nous pour un instant sur le dos du royal félin, juste à la naissance du cou... Un rapide ajustage et nous voici en compagnie d'Arp 94, alias NGC 3227 et 3226, une galaxie spirale et une petite elliptique en interaction. C'est même à une terrible ronde que se livreraient ces deux là, faite de collisions et de fusions successives... Ngc 3227 la plus grande est une galaxie active (on n'en doutait pas) dite de Seyfert. Elle se caractérise par un petit noyau fort brillant, des gaz s'agitant autour à des vitesses variées et vertigineuses, et par la présence potentielle d'un trou noir supermassif. J'avoue que c'est à peu prêt tout ce que j'ai pu saisir de mes diverses lectures...
A l'oculaire les deux s'identifient rapidement, s'imposant comme deux petits renflements aux coeurs denses, la petite ponctuant de son ovale amusé le long étirement diaphane de sa voisine.
De mon oreille qui traîne j'entends qu'on cause des Antennes dans le 460 de mon voisin... Alors je vais aussi y aller traîner un oeil. Juste le temps de contempler ce petit V à peine ouvert, et d'individualiser ces deux petites branches d'aspect si inégal en train de fusionner. Je n'ai pas vu les deux trainées qui lui valent sont surnom. Je ne les ai pas cherchées non plus. Est-ce que c'était faisable ? Aucune idée.
Mon meilleur souvenir du Corbeau viendra de sa petite planétaire, NGC 4361, toujours au 460. Par rapport au T250 la nébuleuse me parait fort large. Oh bon sang il faut grossir ! Ce n'est pas sans peine que je parviens à décider mon compagnon à évincer l'oculaire de 22 pour passer au 13 puis au 6 ... Pour voir la nébuleuse au coeur brillant baignée ainsi d'une diffusion bien plus dense et étendue.
Et tu crois qu'elle répond aux filtres questionnais-je innocemment ? ... Et bien avec l'UHC elle me semble se marbrer d'un grand nombre de textures et de densités différentes, plus fort vers le centre, en forme de dentelles et d'arcs de cercle sur la périphérie... Et cet aspect torturé je le découvrirai en rentrant, évident sur certaines photographies ! Assurément un grand moment ! Ben voilà fallait grossir
Et pendant ce temps là la Vierge m'attend...
Je cherche un petit groupe en bordure de Bérénice: NGC 4216 4206 et 4222. Il faut déjà les repérer au milieu des centaines de petits ronds galactiques qui tapissent mon atlas ! Mais tiens, enfin les voilà aux abords de 6Ber qui est juste à côté et qu'il me sera, ouf, encore possible de viser.
NGC 4216 (mags 10.3/13.1) est un joli petit fuseau mince, acéré. Il est surmonté de NGC 4206 (mags 12/14), petit coup de griffe encore plus vif et effilé. Malheureusement je ne détecterai pas NGC 4222 (ah ben oui, mags 13.5/13.8 forcément...), mais le tableau que me proposent les deux petites spirales est déjà fort fin et agréable. J'en dégaine à nouveau le petit carnet... En rouge NGC 4222 là où elle devait se trouver. C'est pas joli mais à l'oculaire, les trois dans le champ, ça doit avoir de l'allure !
Je trouve ensuite en descendant vers 16Vir et la tête de la Vierge le petit groupe qui accompagne NGC 4281. Elles sont tellement fines, petites et délicates !
NGC 4281 (11.4/13) forme le premier angle du triangle, puis viennent NGC 4273 (11.7/12.9) et NGC 4270 (12.1/12.6). Mais au dessus de ce trio de spirales si ténues une étoile à l'aspect étrangement diffus me perturbe... Euh... NGC 4268 (12.3/12) ? Un (très) rapide croquis de croquis me le confirmera plus tard: il y avait bien 4 galaxies dans le champ !
Voici le dit croquis, et pour ne pas rester sur sa faim une représentation (DSS) plus émoustillante :
Dans un monde parfait ces lambeaux nuageux n'auraient pas eu le droit de s'installer pile sur le coin que je suis en train d'explorer. Seulement voilà nous ne sommes pas dans un monde parfait... Une pause thé s'impose.
Boostés par ces saveurs exotiques nous décidons de partir à la recherche de Panstarr aux abords d'une Grande Ourse épargnée. Evidemment j'ai oublié les cartes imprimées dans la journée. Même quand je m'y efforce je suis incapable de correctement me préparer ! Tant pis pour la vision nocturne, je trouve sur le smartphone les cartes présentées dans le sous forum observations (merci Gérard !). Du 460 au 300 nous essayons de la décortiquer.
Une rude bataille s'engage entre moi, mes petits bras musclés et le gros dobson, lorsqu'il s'agit de recadrer la belle à l'oculaire. La comète est quasiment au zénith et l'exercice est difficile: prise d'un fou rire je la vois passer dans tous les coins du champ sans réussir à la centrer ni à l'immobiliser... Bon sang est-ce que tu vas arrêter de bouger !!
Elle est si délicate... Mais pourtant c'est bien elle, fade, légère mais irradiante. Un petit coeur appuyé noyé dans un dégradé brumeux. Un noyaux pourchassé par une queue diaphane et évasée qui nous semble se renforcer en un éventail dégradé allant du haut vers le bas. Nous n'y verrons pas de séparation en trois comme cela a été distingué. Juste une petite comète, une nuée fugitive et éthérée.
Un bref passage maintenant sur M108 ne me livrera pas grand chose, hormis l'éclatante présente d'un messier. Longue, large, brillante je n'y décèlerai par contre pas l'ombre d'une granulosité.
Je décide ensuite de rester dans la Grande Ourse pour me pencher sur NGC 3690 A et B.
Arp 299 ci-nommé est un système de deux galaxies qui se sont frôlées il y a 700 millions d'années, créant une zone d'intense activité entrainant des formations d'étoiles et l'apparition de pas moins de six supernovas dans les quinze dernières années.
A l'oculaire je décortique une petite masse nébuleuse de petit diamètre rehaussée de deux petits points lumineux: alors qu'elles se fondent et s'entremêlent les deux composantes semblent encore vouloir s'individualiser.
Petit arrêt. Retour au thé. Les yeux plantés au ciel, pour le plaisir d'en profiter. Le Lion pique du nez, le Scorpion commence à bien se dresser.
Une drôle de constellation le surplombe. Trois étoiles, nettes, éclatantes mais non identifiées. Aaaah ils ont fière allure les spécialistes du ciel se regroupant sur la carte tournante... Avant de comprendre que c'est la malicieuse Saturne qui est en train de défigurer la Balance !!
Et bien puisqu'on y est pourquoi ne pas la décortiquer ? La région ne semble pas très riche mais il y a toujours moyen de s'amuser... Je jette mon dévolu sur NGC 5903 et 5898. Rien d'affriolant a priori dans ces deux petits points à la fine nébulosité. Deux petites taches de mags 11.2/13.2 et 11.4/13.6, trop ponctuelles pour être identifiées au 20mm mais qui apparaissent clairement au 13. Pourtant ces deux elliptiques ont fait l'objet d'études poussées pour moi indéchiffrables, où il est question de gaz et de matières échangés ou captés depuis ou avec l'extérieur dans un double mouvement d'accrétion. Plus prosaïquement j'ai également noté la présence des deux étoiles doubles presque en parallèle sur le bas du champ...
Je vais rester sur le plus évident à une telle hauteur, en passant rapidement sur NGC 5812 (mags 11.2/12.9), petite elliptique au coeur très brillant et à la nébulosité dense mais peu large et vite dégradée, et NGC 5728 (mags 11.4/13.2), dernière galaxie spirale qui nous présente sa tranche épaisse et élancée. Hop le carnet, dernier arrêt...
La Balance c'est aussi un globulaire, NGC 5897. Une bonne surprise tant il est large et évident dans ce ciel pourtant bas et clair. Il n'apparait pas forcément très dense mais il est réellement présent, et de fines piqures d'étoiles viennent rehausser sa faible luminosité, dont une, nettement, se distingue sur sa partie inférieure droite. Il fait tout de même 11' et on ne peut pas en dire autant de son discret comparse de l'Hydre, NGC 5694 qui plafonne péniblement à 4.3'... Il est pourtant facilement discernable lui aussi pourvu qu'on veuille bien s'y arrêter, là, juste en bas de ces deux fines étoiles. Petit amoncellement au coeur brillant nimbé de fines irrégularités, un petit monde complexe et animé qui me parait tellement éloigné !
Mais... je sens que j'en arrive à ce moment de la nuit où la vue se brouille, où les étoiles se dédoublent et où les tachouilles et les pieds s'entrecroisent... Où un coup de genou malencontreux vient faire perdre la cible si durement trouvée, parce qu'il a fallu pour la centième fois tenter de rattraper ce fichu crayon échappé...
A être ainsi montée après une rude journée je le savais, le temps m'était compté. Mais le crayon peut bien continuer de tomber, les minutes tic-tac, tic-tac continuer de s'écouler... Les oiseaux le savent, eux, qui se sont mis à chanter: il est grand temps de remballer.
Plein de bonnes choses à vous aussi,
Ln
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