mercredi 21 janvier 2015

Grâce à la Comète ...

Salut à tous !



Cela faisait un moment que je n’avais plus écrit dans cette section et c’est avec plaisir que je retrouve la plume pour essayer de faire revivre mes observations de ce début d’année. Comme un pied-de-nez adressé à l’actualité horrible, la météo s’est montrée dans les Monts du Lyonnais particulièrement favorable, puisque sur 17 soirées j’ai comptabilisé 7 soirs clairs, dont 5 observations. Rien à voir avec un mois de décembre catastrophique, assez représentatif d’une année 2014 fort morose. D’ailleurs, je dois bien avouer que plusieurs coïncidences météo fin décembre m’empêchant d’observer avaient fini par miner ma motivation déjà bien entamée par cette année noire. Pour résumer, je suis resté chez moi tout décembre et il a fait gris sauf 2 soirs. Ensuite je suis allé une semaine dans le sud pour Noël : à peine arrivé, ça a été la grisaille tous les soirs là-bas et ça s’est juste dégagé presque tout le temps à Lyon !! J’ai cru que c’était le bouquet final de 2014 me décidant à arrêter l’astro !

A présent, avec cette embellie de début d’année, tout va mieux et ça a même l’air pas mal reparti.

Je vais donc évoquer mes observations les plus marquantes effectuées lors de ces quelques dernières séances de janvier, sous une transparence souvent (très) bonne, une turbulence moyenne à faible, une humidité souvent modérée et une température assez douce (2° et 13° selon les soirs).



J’ai donc pu profiter de magnifiques crépuscules bleu profond, immenses, dégradés de bleu plus pâle, d’orangé, de jaune vers l’horizon ouest. Dans ces horizons de pureté trônaient admirablement Mercure et Vénus, immanquables à l’œil nu, et remarquablement proches. Mercure, nettement moins brillante, m’a semblé aussi un peu plus orangée. La vision de ces deux belles était renforcée aux jumelles, mais devenait trop mouvante à la lunette, à cause des masses d’air turbulant au raz de l’horizon. Peut-être à 21 X néanmoins leur forme ronde ou presque souffrait encore peu de ces remous …



Bien sûr, comment contempler les astres en ce moment sans s’attarder sur la Belle, la comète Lovejoy 2014 ? Je dois bien dire que c’est elle qui m’a remis le pied à l’étrier pour cette nouvelle année. J’ai déjà relaté sur la forum mon premier contact avec elle, aux jumelles. Formidable ! Depuis, je l’ai suivie, à l’œil nu et à la lunette à grand champ principalement. Outre son déplacement rapide avec les jours, je suis marqué par la facilité de détection à l’œil nu, comme une grosse étoile un peu floue de mag 4,5 à 5. Mais certes, je rappelle que j’observe en campagne, un peu en altitude, sans lumière parasite directe (hormis le seuil de porte du voisin, non permanent). Donc un ciel quand même de qualité, pour 35 km de Lyon environ, sans être celui des Alpes bien sûr.

Que dire de cette Belle qui n’ait été dit ? Toujours une émotion intense d’être le témoin du cheminement de ces astres pèlerins et souvent chevelus. Techniquement, même à faible grossissement, c’est une taille de coma énorme, un noyau très distinct, stellaire et brillant, des limites de coma fondues dans le ciel, une couleur un peu verte, une forme un peu dissymétrique de la coma, bombée en bouclier vers le Soleil. Et depuis peu, un vague panache à peine deviné dans la direction opposée au Soleil, mais diffus, large et non détaillé, surtout visible en balayant le tube, par contraste avec le ciel noir. Je n’ai pas l’impression que cette queue soit plus facile en grossissant pour obscurcir le ciel, et elle semble même devinée au jumelles 10X50. Et surtout, par rapport à quelques comètes improbables ou visibles au ras de l’horizon à des heures indues, voilà enfin une bonne vieille comète qui flashe, haut dans un ciel bien noir, à des heures populaires, et c’est ça qui est bon !



Comme il avait été question il y a quelque temps de la difficulté de repérer la petite nébuleuse planétaire NGC 2149 du Cocher, je peux apporter mon témoignage. Je tente un soir en vain, les nuages arrivent, je ne vois rien du tout …elle est pourtant de mag 9 et quelques…La séance suivante, je comprends mon erreur : une étoile jalon proche présente exactement la même configuration stellaire alentour, et j’ai confondu les deux ! Incroyable comme similitude ! Une fois compris, je la repère aisément comme une « étoile » un peu différente des autres, présentant un effet blink. A tous les coups c’est elle ! Je monte à 150 X, là elle devient évidente dans son éclat et sa dimension non stellaire, légèrement allongée et plus brillante au centre. Par contre, pas de couleur.



J’avais l’an dernier été interrompu lors d’un dessin de M1 par l’arrivée des nuages, je décide cette fois avec un ciel pur de refaire un dessin plus complet. La bestiole n’est pas encore bien haute sur l’horizon Est mais tant pis. Je m’en donne à cœur joie dans les alignements stellaires, les figures d’étoiles …la retranscription de la forme curieuse (mi rectangle mi ovale) et des frontières typiquement floues de la nébuleuse est presque un jeu d’enfant à côté. Mais une fois de plus, M1 reste curieusement discrète, petite à faible grossissement, obscure et étalée dans le ciel en grossissant. Parfois, j’ai l’impression d’irrégularités ou de mouvements à sa surface, un peu comme sur M33, sans pouvoir confirmer sa structure en Z bien sûr.



Restons dans le Taureau pour signaler un joli double amas, DD3 et DD4. Brillants et étendus, ils diffèrent néanmoins par leur forme tantôt compacte et serrée, tantôt plus ouverte et étendu. Le mieux est de les observer à moins de 50 X car ils sont inscrits dans une sorte de cercle stellaire dans le même champ, même si en grossissant on peut voir une ou deux jolies doubles.

Le type d’objet assez idéal pour une petite lunette ED !



Dans les Gémeaux j’avais découvert une année précédente la petite nébuleuse planétaire NGC 2331, de magnitude 11 mais finalement assez accessible d’un bon site. Elle ressemble à une mini- M76 avec ses deux lobes, et c’est là tout le challenge pour un petit instrument. Je me souviens qu’à ce moment le vent s’est levé, générant pas mal de turbulence, et j’étais assez pressé car je devais aller à un repas, vu que bien sûr le ciel clair n’arrive presque que quand on a des obligations ! Donc, pas trop de souci pour détecter rapidement la petite nébulosité faible et allongée, sans filtre, mais mieux avec. Par contre, il m’a fallu jouer sacrément de l’œil à 150 X pour soupçonner par moments, dans les trous de turbulence, deux parties un peu différenciées.



Lors d’une soirée suivante, je souhaite profiter de leurs courts moments les plus favorables pour inspecter les basses constellations du Fourneau et de l’Eridan, certes un peu plus haute pour cette dernière. Hélas si la transparence est très bonne en hauteur, elle l’est un peu moins à ces latitudes. Dans ces zones ingrates je vais donc me heurter à de pâles fantômes galactiques, fortement éteints par les légères brumes de l’horizon. Je vous passe les tentatives plus ou moins confirmées sur ces très difficiles nébulosités à peine plus pâles que le ciel, pour retenir les galaxies NGC 1097 et NGC 1398 dans le Fourneau, et NGC 1700 dans l’Eridan.

Ces 3 galaxies me paraissent faibles mais pas trop difficiles en vision oblique (par rapport aux autres !) à 70 X ou 150 X, pour obscurcir le fond du ciel.

C’est NGC 1700 qui me semble la plus facile, presque contrastée, pourtant théoriquement plus faible en magnitude de plus d’une unité que les autres …mais située plus haut (déclinaison de -4° au lieu de –26° et –30°)!

Décidément, je pense que c’est général à tous les instruments, mais je trouve que cette 80ED souffre beaucoup sur les objets très bas. Autrement dit, la différence est très grande entre le fort contraste qu’elle propose sur des objets situés haut, et la pâleur d’un objet identique au ras de l’horizon. Différence impressionnante et parlante sur l’absorption atmosphérique !



Une galaxie qui m’aura marqué aussi c’est NGC 972 dans le Bélier. Certes elle est faible, très diffuse, mal définie mais sa forme en fuseau flou contraste avec les 2 étoiles toutes proches bien piquées, et qui je crois sont 3 à plus gros diamètre. A voir dans un plus gros diamètre !



Enfin, le 17/01 je remets ça pour une sortie d’environ 4 h. Tous les ingrédients sont là, mais ç’eut été trop beau, le voisin laissera allumé son spot de palier jusqu’à 1 h environ avant la fin de la soirée. Heureusement je peux me protéger derrière un mur, mais ça ne vaut pas l’ambiance complètement noire habituelle.

Je commence par m’accoutumer avec un amas ouvert brillant dans l’arc d’Orion, NGC 1662, de mémoire cher à Zaurel, que l’on ne voit plus guère sur le forum.

Très brillant, il est constitué d’un vaste trapèze au milieu duquel figure un petit groupe contrasté allongé N/S, et entre ces parties, pas grand-chose. L’étoile principale semble orangée. Outre sa facilité d’accès (urbains ou présence de la lune …) je le trouve esthétique, équilibré, harmonieux.



Mais passons aux choses sérieuses. La petite bulle de la planétaire NGC 2022 au nord d’Orion peut entrer dans cette catégorie, pour une 80ED ! Et pourtant, elle m’apparaît rapidement assez facilement. J’y reste un certain temps pour la dessiner, en comparant les configurations, 70 X sans filtre, 70 X avec UHC, 150 X sans filtre. Déjà évidente à 70 X, le filtre réhausse son éclat modéré mais je la dessine à 150 X. Elle a des dimensions déjà remarquables, devient presque contrastée en vision oblique, avec des bords assez nets, et son allongement E/O est sensible. Et parfois, grâce à la turbulence faible de ce soir, je crois deviner une sorte d’assombrissement central (comme pour NGC 7662) et peut-être de très vagues irrégularités d’éclat …Mais je crois qu’il ne faut pas trop rêver à ce diamètre …



NGC 2024, la Flamme, voilà un objet auquel je n’étais pas allé rendre visite depuis longtemps. Je peux vous dire que la qualité du ciel est primordiale ! Plus évidente sous la perfection des Hautes-Alpes, elle est déjà perceptible ce soir de façon assez curieuse. Pour reprendre une expression que je n’aime pas trop je dirais qu’elle se mérite !

Déjà, s’affranchir du fléau de l’éclat d’Alnitak, car la nébuleuse est juste à l’extérieur du halo de l’étoile. Pour cela, il est nécessaire de grossir un minimum (70 X pour ma part ici). D’abord, je ne vois rien. Puis au bout d’une à deux minutes, je devine une vague grisaille étendue, mais est-ce un reflet d’Alnitak ? Puis, petit-à-petit, tout doucement, cela se précise, ce confirme, et surtout se définit de mieux en mieux, jusqu’à dessiner faiblement la forme que l’on connaît des photos : cette grande double nébuleuse partagée par un chenal sombre !

Par contre, le filtre UHC ne me permet pas d’améliorer les choses.

Voilà un bel exemple d’illustration du gain d’information obtenu en passant du temps encore et encore sur un objet, en variant les grossissements, etc …pour en tirer toute la substance.

Et encore, je n’y passe pas autant de temps qu’il faudrait même si à mon diamètre les détails et l’éclat sont vite limités, car j’ai encore pour programme ce soir l’exploration du Lièvre, maintenant qui « culmine » au sud. Mais une exploration un peu particulière, non pas de M79 ou NGC 1964 mais des petites galaxies secondaires disséminées ça et là.



Mais comme pour le Fourneau, l’Eridan précédemment, je vais me heurter en plus de magnitudes très faibles à une hauteur modérée de ces astres sur l’horizon.

Je ne vais pas toutes les citer, je retiendrai par exemple NGC 2139, NGC 2196, NGC 1954, recherches intéressantes mais débouchant sur des tâchouilles extrêmement faibles. Faibles mais confirmées, soit avec attention en vision oblique, soit en faisant bouger le tube un peu. Alors que d’autres resteront à l’état de spectres improbables …

Je ne me souvenais pas de tant de difficulté chez ces petites galaxies du Lièvre ! Surtout, ces incursions dans des latitudes assez basses m’ont maintenant un peu convaincu de ne plus trop m’y attarder (malgré des listes encore fournies) et de préférer des objets plus « pétants » haut dans le ciel. Mais bon, quand on veut TOUT tenter c’est difficile …

Au moment de tenter NGC 1888, les rares voiles un peu inquiétants de la soirée se multiplient, se développent et mettent à mal cette tentative.



Qu’importe, monte à l’Est l’éclat de Jupiter que je m’empresse donc de pointer, un peu épargné encore par les brumes. Et là c’est le choc ! L’une des images les plus détaillées et contrastées que j’ai pu voir à la 80ED, malgré une mise au point très légèrement perfectible (fatigue après 4 h d’observation assidue ou changement de turbulence ?).

Parfois l’image se fige, et j’ai l’impression d’un bien plus grand diamètre instrumental : les bandes sont foncées et marquées, et surtout incroyablement détaillées à qui sait fouiller du regard, je devine sur le disque d’autres bandes secondaires, des irrégularités, c’est magnifique !



C’est sur cette image que je vais terminer une belle suite de soirées. Tout avait commencé par la curiosité de voir la comète aux jumelles, un soir de début janvier ou, enfin, les étoiles étaient revenues ... et ma motivation avec.

A l’heure où j’écris ces lignes, elles ont tiré le rideau, et une nouvelle scène est apparue, toute poudrée de blanc immaculé sur l’immensité de la campagne.



Bon ciel à vous !





Grâce à la Comète ...

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